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Grèce : une atteinte à la démocratie et à la liberté de la presse


Sans avertissement préalable, le gouvernement grec a décidé le 11 juin 2013 de fermer la radio-télévision publique ERT. Peu après 23 heures ce jour-là, les programmes étaient brutalement interrompus. De l'avis du gouvernement de l'époque, mené par le conservateur Antonis Samaras, ERT constituait "un incroyable exemple de gaspillage", tandis que pour les observateurs, la fermeture du groupe public était la conséquence des politiques d'austérité imposées par la troïka. Les médias, en Grèce comme à l'étranger, ont vu dans cette décision une grave atteinte à la liberté de la presse.

Protestation contre la fermeture de l'ERT.
(© picture-alliance/dpa)


Cette affaire n'est qu'un exemple parmi d'autres des répercussions de la crise de la dette sur le paysage médiatique du pays. Les journaux ont globalement connu un fort recul de leurs ventes. Plusieurs titres ont été contraints de fermer depuis le début de la crise, en 2010. Des centaines de journalistes ont été licenciés et travaillent depuis en percevant des revenus très faibles, voire sans être payés. De nombreux journaux et entreprises médiatiques sont fortement endettés.

La liberté de la presse a elle aussi souffert de la crise en Grèce. Les médias qui ont soutenu le cap des réformes imposé par les créanciers ont eux aussi licencié de nombreux journalistes pendant le mandat du gouvernement Samaras. Critiquer la politique d'austérité pouvait s'avérer dangereux. Au motif d'avoir enfreint la loi sur la protection des données, le journaliste et éditeur du magazine Hot Doc, Kostas Vaxevanis, a ainsi été provisoirement placé en détention en 2012. Il avait auparavant publié une liste comportant les noms de 2.059 fraudeurs fiscaux présumés, la "Liste Lagarde". Au cours de la crise de la dette, la Grèce a fortement régressé dans le classement mondial de la liberté de la presse. Dans celui établi par l'organisation Reporters sans frontières, seule la Bulgarie fait pire sur l'ensemble des membres de l'UE. De son côté, l'ONG américaine Freedom House estime que la presse grecque n'est que "partiellement libre" actuellement.

Le marché des médias est caractérisé par un phénomène prononcé de concentration. Les offres papier, TV et multimédia se trouvent entre les mains de quelques groupes et entreprises, parmi lesquels on retrouve notamment le groupe de presse Lambrakis ou celui de Giorgos Bobolas. Les grands quotidiens faiseurs d'opinion existent depuis la moitié du XXe siècle et ont plus d'affinités avec les grands courants politiques en général plutôt qu'avec tel ou tel parti.

Depuis que le parti de gauche Syriza d'Alexis Tsipras est arrivé au pouvoir en 2015, les journaux qui avaient l'habitude de critiquer Syriza, tels Ta Nea ou To Vima, ont aujourd'hui plutôt tendance à soutenir le nouveau gouvernement. Une évolution similaire peut également être observée avec les chaînes de télévision privées. Avant les élections, Syriza s'était engagé à abolir le pouvoir des barons des médias. Il faudra attendre de voir si cette promesse de campagne sera tenue.

Les matinales et les informations télévisées constituent la principale source d'information des Grecs. Depuis début mai 2014, le pays dispose d'une nouvelle radio-télévision publique répondant au nom de NERIT (Nouvelle Radio-Internet-Télévision hellénique). Parallèlement, les fonctionnaires licenciés du groupe ERT, fermé en 2013, continuent à diffuser les programmes TV et radio d'ERT par le biais du portail web contestataire ERT Open. Après son arrivée au pouvoir, le nouveau gouvernement Tsipras a annoncé la réouverture du groupe ERT.

L'importance des médias critiques alternatifs, souvent proches des partis de gauche, s'est fortement développée au cours de la crise économique. La Grèce a ainsi assisté à la naissance de plusieurs portails Internet, mais aussi à de nouveaux projets journalistiques comme Efimerida ton Syntakton. Pour pouvoir fonder ce journal, d'anciens rédacteurs du quotidien Eleftherotypia ont apporté leur propre capital. Ils perçoivent tous le même salaire.

Classement pour la liberté de la presse :

Reporters sans frontières : Place 91 (2015)
Freedom House : Place 92 (2014)

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