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Malveillance sur le Net


Propos haineux, harcèlement et coups bas : tous les coups sont permis sur Internet. Sous couvert de l'anonymat, les internautes se défoulent dans les commentaires en ligne. Une interdiction de l'anonymat permettrait-elle d'améliorer les échanges sur le Net ou serait-elle une entrave à la liberté d'opinion ?


Foto: Stefan Günther (CC BY SA 2.0)


Les journalistes du portail d'information en ligne estonien Delfi n'avaient certainement pas imaginé la réaction qu'entraînerait leur article au sujet de Vjatšeslav Leedos, entrepreneur à la tête d'une compagnie de transport maritime : l'information concernant l'intervention d'un brise-glace pour dégager la voie de ses bateaux a suscité une immense colère chez certains lecteurs qu'ils ont exprimée dans la rubrique du portail dédiée aux commentaires. Ils accusaient Vjatšeslav Leedos de les empêcher à circuler en voiture sur la glace et ont invectivé personnellement l'homme d'affaires. Ce dernier a de ce fait déposé plainte contre le portail en ligne en demandant des dommages et intérêts. Cette affaire est passée devant toutes les instances qui ont donné raison à l'entrepreneur maritime. Mais Delfi ne pouvait pas accepter d'être tenu pour responsable des commentaires haineux et anonymes de ces lecteurs. A ses yeux, il s'agissait d'une violation de la liberté d'expression, c'est pourquoi il a déposé une plainte auprès de la Cour européenne des droits de l'homme contre l'Etat estonien. La décision de justice est attendue cette année.

Urmo Soonvald, rédacteur en chef de Delfi, est convaincu que cette affaire Leedos n'a fait que lancer le débat sur l'avenir d'Internet : "La question est de savoir si et comment les portails doivent gérer les commentaires des utilisateurs et s'il est nécessaire d'instaurer une médiation dans la rubrique des commentaires. L'avocate de Delfi, lors de son plaidoyer, a posé la question aux juges de savoir quel Internet nous souhaitons laisser aux générations futures."

Les réseaux sociaux, le fléau de notre époque

Delfi continuera-t-il d'autoriser les commentaires anonymes, les juges devraient-ils trancher contre l'entreprise médiathique ou obliger ses lecteurs à intervenir sous leurs noms propres ? Pour ses défenseurs, l'anonymat sur le Net est un droit indispensable qui permet à chacun d'exprimer librement son opinion sans encourir aucune conséquence négative. D'autres s'accordent à penser que les commentaires injurieux et méprisants disparaîtraient si chacun devait montrer son vrai visage.

Le chroniqueur turc Engin Ardiç partage cet avis. Une procédure a été engagée à son encontre car il aurait soi-disant insulté sur Twitter un journaliste critique à l'égard du gouvernement. Ardiç conteste ces accusations et affirme que des inconnus ont ouvert un compte Twitter en son nom. Dans le journal pro-gouvernemental Sabah il s'emporte : "Les réseaux sociaux sont devenus le fléau de notre époque. Ils sont une poubelle dans laquelle des individus tordus et pervers viennent déverser leurs tas d'immondices. Des sociopathes pitoyables qui ne veulent rien publier sous leur propre identité, diffusent derrière leur camouflage tout ce qui leur brûle les lèvres.

On ne peut pas interdire la stupidité

Un groupe parlementaire en Grande-Bretagne a décidé de s'attaquer sur le plan politique aux messages contenant des propos outrageux et haineux publiés sur le Net sous couvert d'anonymat, même s'il ne l'a pas formulé en ces termes. Ils veulent à l'avenir exclure des réseaux sociaux les auteurs de ces messages. Le quotidien The Independent s'interroge toutefois quant au sens de cette initiative : "La vérité, c'est qu'en Grande-Bretagne, on n'interdit pas les réflexions stupides, cruelles et dévoyées, telles que 'Hitler avait raison 'ou 'Il n'y a pas eu viol si vous étiez ivre'. Ce n'est donc pas à la police d'apprendre à ces gens à être plus gentils ou faire preuve de plus d'empathie. C'est le rôle des parents. Maintenant c'est à ces idiots de se regarder dans le miroir en se demandant pourquoi ils se sentent aussi mal."

En Suède, l'émission de télé TV3 a voulu inverser la vapeur en recherchant l'identité des commentateurs anonymes qui avaient posté des messages racistes. Ces derniers devaient se montrer aux téléspectateurs devant les caméras. Des menaces de mort ont été adressées aux auteurs. Le quotidien Göteborgs Posten critique cette initiative qui s'est retournée contre eux : "Le but initial de l'opération se limitait à dénoncer les propos racistes tenus sur Internet. Et cela n'a fait qu'envenimer les choses. Sur les sites d'extrême droite, des commentateurs anonymes applaudissent le résultat : la haine en réponse à la haine. C'est précisément ce que recherchent les radicaux de droite."

Des commentaires outrageux sur commande

Les politiques roumains ont quant à eux adopté une approche qui leur est propre à l'égard des commentaires en ligne. Les partis ont payé pendant plusieurs années des personnes chargées de calomnier leurs opposants sur Internet. "Ces individus invisibles sont soit des étudiants qui veulent gagner quatre sous, soit de jeunes 'politiques en formation', soit des fonctionnaires ou des retraités désargentés qui feraient tout pour arrondir leurs fins de mois. Tous les partis ont mis en place une armada de scribes serviles prêts à voler à leur secours et à celui de leur chef de file", explique le portail en ligne Gândul.

Le portail en ligne estonien Delfi a provisoirement suspendu en mars sa campagne en faveur de la liberté d'expression dans sa rubrique de commentaires. Celle-ci a été bloquée pendant tout un week-end, car un article sur le parti populaire de droite estonien avait déclenché un flot de commentaires néo-nazis.

 

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