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Un ennemi venu de l'intérieur?


L'oscar remis au film documentaire Citizenfour rend hommage à la réalisatrice Laura Poitras, mais surtout au courage du lanceur d'alerte Edward Snowden. Dans les médias européens, on se pose également la question de savoir si les lanceurs d'alerte ne font pas en réalité le jeu des puissances ennemies.


Foto: Dennis Skley (CC BY-ND 2.0) bit.ly/1DYlmkw


Nul ne sait qui se cache derrière le pseudonyme de Fuat Avni, un lanceur d'alerte qui fait trembler le pouvoir turc depuis des mois. A plusieurs reprises, il a prédit l'arrestation d'opposants au gouvernement sur Twitter et Facebook et a toujours visé juste. Les observateurs supposent que ce lanceur d'alerte est une personne isolée ou un groupe de l'entourage immédiat du président Erdoğan, mais parallèlement, un défenseur du prédicateur Fethullah Gülen.

Le gouvernement accuse l'ancien allié d'Erdoğan et son mouvement de conspirer contre lui pour le renverser. Le journal pro-gouvernemental Yeni Şafak estime également que le lanceur d'alerte est un homme de main des putschistes : "Remuer la boue est monnaie courante dans les médias sociaux et les individus comme Fuat Avni sont nombreux. La seule différence, c'est qu'un tas de personnes et d'organisations donnent beaucoup trop d'importance à Fuat Avni et prennent tout ce qu'il écrit pour parole d'évangile. Leur objectif est d'ébranler la stabilité politique et économique et de prendre le contrôle de notre pays."

Quels que soient les intérêts que peuvent cacher les révélations de Fuat Avni, d'autres lanceurs d'alerte sont également accusés d'agir pour le compte de puissances ennemies. Le quotidien conservateur The Daily Telegraph craint que les documents de Snowden ne tombent entre les mauvaises mains : "Si des pays comme la Russie et la Chine devaient tirer certains avantages de la situation à nos dépens ou des groupes comme Al-Qaida perpétrer une attaque terroriste, la trahison d'Edward Snowden pourrait ne plus être considérée comme une idée lumineuse."

Le quotidien de centre-gauche The Guardian en revanche, défend la démarche des lanceurs d'alerte contre les services de sécurité gouvernementaux : "Ces derniers essaient de dissimuler les imbroglios et d'empêcher que certaines choses qui n'auraient jamais dû se produire soient révélées au grand jour. Et que ce soit au sujet de l'Irak, la torture par l'eau ou encore la surveillance de masse, la démarche des lanceurs d'alerte s'est avérée justifiée dans la plupart des cas."

Et si le contrôle externe est défaillant au sein des institutions publiques, les renseignements venus de l'intérieur sont indispensables estime le chroniqueur Simon Jenkins également dans le Guardian : "Les organisations et surtout les gouvernements sont de plus en plus puissants, si bien qu'il est encore plus difficile de leur demander de rendre des comptes pour leurs actes. Il faut surtout surveiller les limites entre secret d'Etat et transparence, particulièrement au sein des institutions publiques. Si cela n'est pas possible depuis l'extérieur et que les erreurs commises sont monnaie courante, une surveillance de l'intérieur est alors l'ultime recours."

Le rôle de surveillance des lanceurs d'alerte ne peut être rempli que si ces derniers sont protégés, soulignent William Bourdon, avocat d'Antoine Deltour, lanceur d'alerte de Luxleaks, et Yann Galut, député socialiste à l'Assemblée nationale française. Dans le magazine de centre-gauche L'Obs, ils lancent un appel pour la création en France d'une autorité administrative indépendante à qui les lanceurs d'alerte peuvent s'adresser pour transmettre leurs alertes : "Elle serait un lieu où pourrait s'organiser un dialogue dans la confidentialité entre les lanceurs d'alerte et cette autorité, à charge pour elle de trier et sélectionner, transmettre au parquet si nécessaire et dans des cas exceptionnels garantir une immunité, à ceux qui démontreraient qu'ils n'ont pas eu d'autres choix que de briser certains secrets protégés par la loi pour dénoncer les plus graves atteintes à l'intérêt général."

Snowden a communiqué ses documents aux journalistes qui les ont vérifiés et évalués. Mais qu'en serait-il dans un pays ne disposant pas de médias indépendants et où, par conséquent, les journalistes n'ont aucune possibilité de vérifier les informations fournies par des lanceurs d'alerte? Du fait de la situation difficile des médias établis en Turquie et de la grande crédibilité dont bénéficient les révélations de Fuat Avni auprès du public turc, le chroniqueur Aydın Engin dans le quotidien kemaliste Cumhuriyet s'inquiète de la grande influence que peut exercer un seul individu :

"Il diffuse des messages de 140 signes au cœur même de l'appareil étatique et à partir d'informations issues de ceux qui tirent les ficelles au sein du parti AKP au pouvoir. Quelles sont ses sources? On ne sait pas vraiment. Comment vérifier si les informations son véritables ? Aucun moyen. ... Les informations de base : comment, qui, quoi, où, pourquoi, quand, ne sont pas connues, ou ne le sont que partiellement. Cela signifie-t-il que Fuat Avni est la seule source capable de nous apprendre ce qu'il se passe ? Je préfère les informations délivrées par de véritables médias et des reporters qui respectent les lignes directrices et les valeurs éthiques de la profession."

 

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